Ils sont en colère et le font savoir. Mardi, trente professeurs et une centaine d’élèves du lycée Leclerc ont manifesté dans les rues et sur la place du Général-de-Gaulle contre la réforme Blanquer. Une mobilisation inédite à Saverne. (article de Véronique Kuhn, les DNA, Mercredi 20 mars 2019)

On est là pour dire “NON” à la réforme du lycée et du bac2021. Mais aussi et surtout pour soutenir nos professeurs », affirment d’une seule voix Inès, Lisa, Camille, Léa et Clara. Élèves en terminale STMG (sciences et technologies du management et de la gestion), ces lycéennes ne sont pas concernées par la réforme Blanquer qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine. « Mais on s’inquiète du devenir de nos camarades », complètent Océane et Lili, élèves en terminale S. Comme elles, ils sont une centaine d’élèves à manifester avec leurs professeurs du lycée général Leclerc de Saverne. « Nous sommes 30 professeurs, sur les 70 que compte l’établissement, à être en grève aujourd’hui », relève Sabine Niess, professeur de lettres et déléguée syndicale Snes.

« C’est du jamais vu. Une première à Saverne »

« C’est du jamais vu », lâche Jean Breitel, professeur d’économie et de gestion, en poste depuis 1988, qui relève le caractère exceptionnel de cette mobilisation : « Je n’ai jamais connu de manifestation de profs. C’est une première à Saverne. »
Le signe de la colère et de l’exaspération du corps enseignant face à la réforme du lycée et du bac 2021 ? Mireille Biret et Nancy Huffschmitt, toutes deux professeurs d’histoire-géo dénoncent en vrac, le manque de moyens, une dotation globale horaire (DGH) en baisse. « On va perdre 89 heures à la rentrée, c’est considérable », précisent-elles. « Soit l’équivalent de neuf postes supprimés ou menacés », traduit Sabine Niess. Les professeurs dénoncent également l’évaluation permanente des élèves avec pour conséquence l’instauration d’une pression supplémentaire des spécialités pas toujours accessibles. Cette manifestation fait suite à différentes actions menées auparavant. « Nous avons distribué des tracts lors des portes ouvertes, le 2 février dernier, pour sensibiliser les parents », rappelle Jean Breitel. La semaine dernière, 40 professeurs ont décidé d’attribuer la note de 20/20 à leurs élèves de 2de et de 1re. « Les profs continuent de corriger normalement les copies, mais quand ils rentrent la note dans les logiciels, ils inscrivent des 20/20 avec un gros coefficient », explique Sabine Niess. Un boycott des évaluations qui ne concerne pas les terminales et qui a été initié, sur le secteur, par le lycée Adrien-Zeller de Bouxwiller. Cet « Acte 3 » fait suite à une assemblée générale entre professeurs qui s’est tenue lundi 11 mars. « Le choix de la majorité s’est porté sur le fait de contester la réforme en manifestant », relate Jean Breitel. L’occasion pour les professeurs de porter leurs revendications sur la place publique. « Notre mobilisation s’inscrit également dans un mouvement plus global », ajoute Sabine Niess, faisant référence à la grève nationale interprofessionnelle de ce mardi, contre la politique sociale du gouvernement. « D’ailleurs certains professeurs se rendent à Strasbourg pour manifester. »
« À la rentrée, nous allons avoir des classes de 35 élèves voire plus »
Parti mardi matin du bâtiment annexe du lycée Leclerc, le Rosier blanc, le cortège s’est ensuite rendu sur la place du Général-de-Gaulle. Là, les professeurs ont installé une quarantaine de chaises afin de simuler les conséquences des économies budgétaires nées de la réforme Blanquer : « À la rentrée, nous allons avoir des classes de 35 élèves voire plus. Comment voulez-vous enseigner dans ces conditions ? », s’emporte Mireille Biret. Pancartes en main, les manifestants ont ensuite déambulé dans la Grand-Rue de Saverne, en scandant le slogan « Leclerc en colère ». « L’idée est d’informer le grand public », rappellent les professeurs. En début d’après-midi, ils ont reçu le maire de Saverne qui s’est dit très concerné par ce mouvement. Par ailleurs, les professeurs regrettent d’être « mis devant le fait accompli ». « Là, les élèves de 2de vont devoir confirmer leurs enseignements de spécialités, en mai. Et on ne sait même pas comment tout cela va se mettre en place », affirme Nancy Huffschmitt. « On est vraiment dans l’incertitude », confirment des élèves en 2nde. « C’est difficile pour nous de choisir nos futurs enseignements. On a 15 ou 16 ans et on nous demande déjà de choisir notre formation post-bac. C’est du délire ! » Leurs professeurs insistent : « On ne se mobilise pas pour en faire moins, mais pour assurer une qualité et une pérennité d’enseignement à nos élèves. »

Les raisons de cette manifestation
Baisse de moyens : moins d’heures d’enseignement, moins de professeurs, des classes à 35 élèves voire plus. Suppression d’options et des dédoublements de cours, notamment en sciences. Fin de l’accompagnement personnalisé.
Enseignements : Sept enseignements de spécialités annoncés au Leclerc, mais toutes les combinaisons ne seront pas possibles à cause des emplois du temps. Le panachage avec le lycée du Haut-Barr sera impossible pour les mêmes raisons. Options facultatives, en particulier artistiques, sous-dotées, absentes voire menacées vu le faible coefficient affecté au bac. Pas de maths, de SVT ni physique-chimie dans le tronc commun : ces matières deviennent des options dont le programme est trop ambitieux.
Contrôle continu : 20 épreuves à compter de la 1re et qui compteront pour le bac. D’où plus de stress pour les élèves et moins de temps pour les former. Les épreuves seront-elles nationales ? En fonction du lycée, le bac risque de ne plus avoir la même valeur.
Vie scolaire : Disparition des classes au profit des groupes puisqu’en dehors des enseignements du tronc commun, chaque élève sera dispatché selon ses enseignements de spécialité. Comment organiser des sorties de classe ?