16 février 2025

Mutations et Carrières

Alertes sur la formation continue

Plusieurs collègues au mois de janvier nous ont alertés sur le contenu de certaines « formations », transformées en ateliers de travail au cours desquels il a été demandé aux enseignants de produire des séquences complètes sur des points du programme, impliquant un travail après la formation. Les documents devaient ensuite être déposés sur la plateforme M@gistère. Suite à ces retours, en mathématiques et Sciences Physiques, le SNES-FSU est intervenu en CSA académique pour dénoncer ce détournement de la formation et ce travail gratuit demandé aux collègues, en dehors de leurs obligations de service. Se pose également la question de l’objectif de la constitution de ces banques de données. Fournir des séances clés en main à des stagiaires désormais majoritairement à temps plein ou à des contractuels envoyés sans formation devant les classes ? Alimenter les remplacements de courte durée qui, rappelons-le, peuvent être pris en charge par des AED ? Rien ne nous oblige à répondre à cette injonction.

Le SNES-FSU est favorable aux échanges volontaires entre pairs, dans le cadre de collectifs qui réfléchissent sur la réalité du métier, sans donner lieu à un travail prescrit. Mails il défend l’idée que la formation doit permettre d’accéder à des ressources pour alimenter la palette des pratiques et des réponses face à la diversité du réel. Trop souvent des formations portent sur des méthodes ou des injonctions à appliquer en tout lieu, de tout temps, et en toutes circonstances. Elles peuvent aussi viser à élaborer des séquences ou outils censés être réutilisables. Le temps de l’élaboration est aussi censé contribuer à la formation. Mais les conditions conduisent à produire des outils et séquences fruits de compromis entre professionnels qui ne se connaissent pas assez, qui n’ont pas le temps de revenir sur le réel de leur travail, avec des encadrants qui veillent davantage au respect des prescriptions qu’à la prise en compte du réel (« votre séquence doit respecter le temps imparti dans les programmes ! »). D’une certaine manière les productions relèvent donc en grande partie souvent de l’imaginaire ou de l’artificiel. Ce n’est pas toujours complètement inutile, mais l’utilité et les effets à tous les points de vue de ces formations sont donc très en deçà de ce qui est annoncé et du temps qui leur a été consacré.
La formation m’a-t-elle apporté des éléments pour m’aider à faire face au réel ? La formation m’a-t-elle apporté de nouvelles contraintes qui vont me demander de nouveaux efforts (y compris pour les ignorer) ? La formation m’a-t-elle culpabilisé ou a suscité un malaise en exposant des attendus en décalage avec mon réel ? Ce sont des questions que les professionnels de terrain sont légitimes à poser et exposer.

Autre écueil de la formation continue telle qu’elle se déploie dans notre académie : la désignation de référents. Ainsi à l’issue de formations sur le dispositif PHare, l’autisme, la laïcité, la santé mentale, des collègues, enseignants ou CPE, se sont vu proposer de devenir « référents » sur ces thématiques. Devenir « référent » implique qu’ils deviennent à leur tour « formateurs » pour les personnels de leur établissement, voire au-delà. Sans que la question du temps pour assurer cette charge supplémentaire ou de la rémunération ne soit toujours posée. Or, la multiplication des « référents » contribue à brouiller et déborder nos métiers. Où s’arrêtent et où commencent les missions (et donc « le travail ») d’un enseignant référent « santé mentale » dans la réalité et la diversité d’un établissement scolaire, de ses personnels, des élèves et de tous les imprévus possibles ? Travailler, c’est toujours faire face à ce qui n’a pas été prévu et y répondre en tant que professionnel. La formation, l’expérience et le milieu professionnel constitué par les pairs sont des ressources pour construire ces réponses. Les nouveaux « référents » sont bien peu formés et bien isolés pour affronter tout ce qui échappera aux « consignes » et méthodes reçues en quelques heures de formation. Souvent proposées par des personnes en position d’autorité – IPR notamment – ces missions peuvent être perçues comme une forme de reconnaissance ou une demande difficile à refuser. Là encore, le SNES-FSU appelle les collègues à la vigilance.

Le dernier point concerne le temps de la formation. Si se former fait partie de nos obligations professionnelles, les formations doivent avoir lieu sur le temps de travail. Or, de plus en plus, des collègues sont convoqués hors des temps d’ouverture des établissements, les mercredis après-midi en collège par exemple ou invités à des webinaires en soirée. Parallèlement, le temps de formation est contraint par une limite de 24h annuelles (dont sont décomptées les préinscriptions, y compris quand les formations sont finalement annulées !) et par la condition, posée par certains chefs d’établissement, que les heures soient remplacées.

En conclusion, le SNES-FSU revendique une formation continue de qualité qui sert les professionnels, et ne se sert pas d’eux. Il demande aussi que les représentants puissent être entendus sur le contenu et la mise en œuvre de cette formation.