13 septembre 2018

Sections départementales

Nous avons lu pour vous ! Revue de presse de la rentrée

La veille de la rentrée, Le Monde propose dans son supplément idées du weekend une double page sur le mérite scolaire (« A l’épreuve du mérite », samedi 1er septembre). La journaliste Violaine Morin retrace l’origine révolutionnaire de cette « capacité » qui devait créer une nouvelle hiérarchie sociale. Mais encore aujourd’hui, l’Ecole peine à offrir à chacun la même égalité des chances. La journaliste rappelle que la sélection au mérite a longtemps eu « un impact limité sur le système scolaire français ». Citant François Dubet, elle explique que le collège unique avait pour ambition de donner « à tous un socle commun et à sélectionner le meilleur d’entre eux. » L’égalité des chances entre alors vraiment dans les débats. Pour remédier au déterminisme social, les ZEP sont créées en 1981 et les dispositifs sont multipliés.

Ce débat toujours d’actualité, conclut la journaliste, tourne encore autour d’une question unique : « faut-il pousser les meilleurs élèves des classes défavorisées ou assurer à tous d’atteindre un bon niveau ? ». Cette question semble sans réponse, rappelle François Dubet, car les politiques éducatives ont poussé vers l’acquisition d’un socle commun tout en laissant les élèves défavorisés « acteurs muets du débat ». Le système scolaire favorise toujours les classes qui en possèdent les codes.

Le Canard enchaîné du 29 août insiste sur Parcoursup devenu « Parcourssupplice » pour les lycéens du 93. Le président du conseil départemental dévoile dans cet article, le sentiment qui s’est répandu chez les jeunes du 93 : « Paris ne veut plus de nous ! » On apprend aussi que des particuliers, des élus ont saisi cet été le Défenseur des droits (Le Monde du 25 août) pour discrimination envers certains lycéens. Et M. Troussel de dénoncer : « l’opacité de certains algorithmes locaux » mis en place par les établissements. Mais rappelle Le Canard, le rectorat de Créteil n’a toujours pas communiqué la moindre donnée ou explication. Le président de la Conférence des Universités demande de changer la donne l’an prochain. « A condition que les algorithmes le permettent » ironise le Canard en fin d’article.

Les DNA après avoir mis à l’honneur les nouveaux chefs d’établissements dans sa classique revue de portraits de rentrée et après avoir dénoncé le « stress » des professeurs des écoles qui n’arrivent plus à gérer l’agitation de certains élèves, consacre plusieurs pages dans son numéro du 3 septembre, le jour de la pré-rentrée, à « la fusion des académies et à la redistribution des cartes ». On apprend par l’image que M. Blanquer a été accueilli en musique à l’école de la Canardière de Strasbourg. J.F. Clerc, le journaliste spécialiste des questions éducatives des DNA, rappelle que la nomination du recteur de Nancy-Metz comme recteur coordinateur de la région Grand Est en 2015 « avait soulevé de vives inquiétudes en Alsace. » La cour des comptes nationale avait ensuite recommandé, rappelle le journaliste, « la suppression des rectorats de petite taille. » La fusion des trois rectorats du Grand Est a donc été validée en juillet. Les réactions sont multiples et les élus alsaciens fortement mobilisés. L’argument principal de M. Blanquer lors d’un banquet républicain organisé lors de sa visite à la préfecture, a été le suivant : il faudra bien fusionner la carte des rectorats avec celle des régions. Classique. Les villes principales du Grand Est « en sortiront gagnantes » selon le ministre. Pour les DNA, « l’heure de la redistribution des cartes a sonné. » Surtout pour les personnels des rectorats.

Le samedi 1er septembre, les journalistes du Monde ont interviewé M. Blanquer qui aime lors cette entrevue, défendre sans relâche toutes les réformes scolaires libérales mises en place depuis quinze mois. Quand on lui demande ce qu’il pense de la politique de M. Macron que les Français jugent de plus en plus à droite, il répond par un argumentaire par l’exemple : le fameux dédoublement des CP en Rep qui est « la marque d’une politique sociale en profondeur. » Les journalistes font alors remarquer qu’elle ne touche que 20% des enfants. Il répond que « faire une dictée par jour, c’est aller vers une amélioration du langage que nous devons à tous les enfants. »

Le ministre égrène ensuite le rouleau compresseur des réformes qui nous attendent pour cette nouvelle année scolaire :

-  réforme de la formation des enseignants ;
-  reforme de l’EP ;
-  introduction des évaluations des élèves sur plusieurs niveaux ;
-  mise en place d’un système d’évaluation nationale des établissements ;
-  réforme du bac général ;
-  déploiement d’une gestion « des ressources du personnel de proximité ».

Les journalistes lui demandent alors pour finir quelle réforme lui tient le plus à coeur. Il répond : « la réforme du bac à l’horizon 2021 qui doit avoir un effet sur tout le système ou celle de la voie professionnelle ». Nous voilà prévenus.

Terminons par une note positive avec Le Monde du 7 septembre. Les premiers résultats des expérimentations parisiennes sur la mixité scolaire sont relatés dans une double page très documentée. J. Grenet chercheur au CNRS à l’origine du projet, explique que les résultats sont encourageants. La préférence du chercheur va au modèle de la « montée alternée » entre deux collèges (on regroupe tous les élèves d’un même niveau dans un collège puis on alterne l’année d’après). Mais selon lui, il n’est pas généralisable quand le secteur possède différents collèges. Il vaut mieux alors mélanger, mixer les « populations » scolaires. Les expérimentations seront poursuivies l’an prochain puis de nouveaux projets seront lancés dans l’Est et le Sud de Paris. Que faut-il pour que les projets réussissent ? « L’accompagnement pédagogique, l’attribution de plus de moyens et le renforcement de l’offre pédagogique sont indispensables. » Ce que le Snes réclame depuis des années. Et comme une ombre au tableau, le chercheur rappelle que la France est le pays où la mixité sociale est la plus faible. « Elle n’est dépassée que par le Mexique, la Hongrie et le Chili ».

Complétant l’interview du chercheur, un encart rappelle que 50 autres expérimentations sont à l’œuvre sur notre territoire. Mais à Strasbourg notre porte-parole du Snes, Valérie Sipahimalani, « cela patine ». Pourquoi ? « On ne peut aller de l’avant qu’en concertation avec tous les acteurs engagés. Sinon, on est face à une instrumentalisation administrative de la rhétorique de la mixité. On agite le beau principe uniquement pour gérer les flux d’élèves ». Effectivement, les exemples sont nombreux dans notre académie où les « beaux discours » cachent une gestion comptable des élèves et le manque criant de mixité dans nos classes.

Ludmilla Fermé pour le S2 67