29 novembre 2018

Contenus Métiers

Compte-rendu du stage FSU sur le « Travail sans fin »

Le jeudi 15 novembre 2018, la FSU Alsace a accueilli près d’une centaine de stagiaires sur le thème « Travail sans fin » dans l’amphithéâtre de l’ESPE de Sélestat. Cette formation était coanimée par Hervé Moreau, représentant FSU au Comité d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail au Ministère de l’Education Nationale, Gauvain End, pour la FSU Alsace, Géraldine Delaye pour la FSU Alsace et le SNUIPP FSU, Christophe Ansel pour le SNEP-FSU, Séverine Charret, cosecrétaire académique du SNES-FSU.

En introduction, Géraldine Delaye a rappelé quelques éléments qui rendent le travail pénible dans l’éducation nationale :
→ Les réformes fréquentes qui demandent aux personnels de s’adapter sans forcément avoir les ressources formatives et matérielles nécessaires.
→ Le nouveau management.
→ L’individualisation des carrières et la mise en concurrence des personnels.
→ La réorganisation des services publics : on demande aux agents de faire toujours plus avec moins de moyens dont la suppression de 120 000 postes dans la Fonction Publique (3 800 dans l’Académie).

Hervé Moreau a d’abord insisté sur le fait que les militants FSU ne sont pas complètement déchargés et que quand ils parlent du métier, ils parlent de leur métier.
Si on part d’une définition de la santé au travail, il s’agit d’un état de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité (Cf. la définition de l’OMS) d’où l’importance des conditions de travail : matérielles, hygiène et sécurité, organisation du travail, relations sociales, conditions d’emploi. Selon une étude européenne, la France est le pays qui attend le plus du travail qui est considéré comme central et source d’identité. L’absence de travail porte atteinte à la santé, les demandeurs d’emploi et les personnes en situation précaire sont les premiers touchés.

Au vu du contexte économique actuel, il est socialement compliqué de dire que ça va mal au travail, mais de nombreuses études le montrent. Dans le 2nd degré par exemple, une enquête de 2013 sur les enseignants montre que 62% des enseignants vivent des situations de tension avec le public (contre 47% des cadres du privé en contact avec le public). 85,3% sont amenés à être en contact avec des personnes en situation de détresse, contre 50,1% des cadres du privé. En 2016, dans le nord de la France, une étude réalisée sur 2 036 patients par 121 généralistes a montré qu’un quart des patients actifs étaient en souffrance au travail. Le problème est collectif et économique, le coût du stress au travail est estimé à 3 milliards d’euros par an ; mais la solution doit être collective alors que le management actuel tend à individualiser les choses et à culpabiliser la victime.

La notion de Risques PsychoSociaux est apparue en 2000, Michel Gollac la définit ainsi : « Ce qui fait qu’un risque est psycho-social n’en est pas la manifestation mais son origine : les RPS seront définis comme les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emplois et les facteurs organisationnels  ».
Les RPS sont placés au cœur d’un triangle : Conditions d’emploi / Organisation du travail / Relations sociales au travail.

Les principaux traits du nouveau management actuel (Cf. Danièle Linhart) qui succède au Taylorisme et s’en inspire sont les suivants :

  • La déstabilisation permanente, le changement incessant pour que les salariés ne puissent plus opposer leur professionnalité à leur manager (Cf. les réformes permanentes ou les projets multiples qu’on impose aux enseignants). Le but affiché est que les travailleurs sortent de leur « zone de confort » car on leur demande de s’engager dans leur activité au-delà de leur qualification et de leur métier.
  • L’individualisation : faire sortir les salariés de la professionnalité en les mobilisant en tant qu’individu (engagement de la subjectivité) et en faisant appel par exemple à la sensibilité comme élément de management.
  • Le recours à des indicateurs, des « process », des normes de qualité et aux nouvelles technologies qui permettent aux managers qui ne connaissent rien aux métiers des personnes qu’ils managent de les piloter autrement. Un bon exemple en est la manie actuelle du « reporting » : il faut rendre compte constamment, remplir des tableaux, faire des rapports sur sa propre activité pour faire remonter des indicateurs où l’évaluation permanente est individualisée (alors que le résultat du travail est toujours celui d’un collectif). Ce qui en découle est la rémunération au mérite, et la mise en concurrence des travailleurs.
  • Une autre tendance lourde est l’effacement des barrières entre vie professionnelle et vie personnelle notamment par les technologies de l’information et la multiplication des mels.
  • L’intensification du travail liée à des objectifs financiers qui pose un problème qualitatif (on travaille plus vite et moins bien) et ne permet plus de développer son activité. Il faut adapter la prescription au réel. Les marges de manœuvre disparaissent et empêchent les échanges et la réflexion entre collègues notamment sur la qualité du travail réalisé. « Le collectif de travail » n’existe plus.

Comment réagir ?
- défendre ses droits : statuts, missions, procédures et pour cela les connaître
- défendre ses droits : santé au travail avec le rôle des CHSCT
- savoir ce qu’est le travail : «  Le travail, c’est toujours faire face à de l’imprévu, toujours faire différemment du prescrit voire tricher avec le prescrit pour faire un travail meilleur, toujours s’adapter à un environnement qui n’est pas stabilisé, coopérer, faire l’expérience de l’échec. »
On peut aussi s’appuyer sur les travaux d’Yves Clot pour qui le travail a 4 dimensions : personnelle (y mettre du sien, faire à sa manière), interpersonnelle (échanges), transpersonnelle (règles du métier qui se transmettent), impersonnelles (prescriptions, injonctions). Quand les dimensions 2 et 3 disparaissent, l’individu se retrouve seul face aux injonctions.

Les droits des personnels :
L’idée générale s’appuie sur la conception que le travail ne doit pas porter atteinte à l’intégrité physique et mentale des travailleurs. Ainsi le Code du travail s’est historiquement constitué sur la santé au travail (enfants, femmes, accidents du travail,...)
Pour la Fonction Publique, il existe différentes lois et décrets : la loi Le Pors (1983) portant droits et obligations des fonctionnaires, l’article L421-1 du Code du travail qui s’applique aussi à la fonction publique et qui concerne les obligations de sécurité de l’employeur : actions de prévention, d’information, de formation et évaluation des RPS. Or force est de constater une grande défaillance de l’institution face à cette obligation.... Il y a donc une nécessité de laisser des traces de ces risques dans le registre SST auquel chacun.e doit avoir accès dans son établissement. (Contacter votre syndicat pour des précisions).
Il est urgent de mettre en place des pratiques professionnelles pour défendre collectivement ces droits et débattre à nouveau du travail et de nos métiers, en sortant des logiques individualistes dans lesquelles nous avons été formés.
Il faut reprendre la main sur l’organisation du travail, l’environnement physique (taille des classes, aspects pratiques, température …), les nouvelles technologies et leurs incidences sur les conditions de travail.

La journée s’est poursuivie par un débat général, puis des ateliers de discussion et d’échanges.
Vous pouvez contacter le SNES-FSU pour toute question concernant la santé et la sécurité au travail, les obligations de service, sur ce qui vous semble être des abus de la part de votre chef d’établissement ou inspecteur, l’organisation d’un collectif de travail (en commençant par des Heures Mensuelles d’Information Syndicale ou en vous inscrivant sur nos listes de diffusion disciplinaires). Revivifier un collectif organisé et informé peut éviter bien des déboires et des errances.

Petite bibliographie :
Danièle Linhart, La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Paris, Erès, coll. « Sociologie clinique », 2015
Thomas Coutrot, Libérer le travail : Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, mars 2018, http://www.libererletravail.org/
Yves Clot, Michel Gollac, Le travail peut-il devenir supportable ?, 2017, Armand Colin https://www.anact.fr/le-travail-peut-il-devenir-supportable-entretien-avec-yves-clot-et-michel-gollac
Evelyne Bechtold-Rognon, Pourquoi joindre l’inutile au désagréable ?, Institut de Recherches de la FSU, 2018, http://institut.fsu.fr/Pourquoi-joindre-l-inutile-au-desagreable.html

Séverine Charret, Jean-Louis Hamm et Stéphanie Maire
Article DNA 03/12