Après deux annulations l’an dernier suite à une journée d’action contre la réforme des retraites et au 1er confinement, le stage collège a eu lieu en visioconférence le jeudi 3 décembre. Il était animé par Anne-Sophie Legrand, secrétaire nationale du SNES-FSU responsable du secteur Collège.

En introduction, nous avons fait un point sur l’actualité de la profession en particulier les annonces de « revalorisation », le Grenelle de l’éducation et la réforme des concours et de l’entrée dans le métier. Tout ceci dessine une nouvelle dévalorisation de nos métiers et explique la forte défiance de la profession envers le ministre et sa politique, comme le confirme un récent sondage de l’institut IPSOS pour la FSU.
La matinée s’est poursuivie par un retour sur l’assassinat de Samuel Paty, puis sur le #pasdevague sur les réseaux sociaux à l’automne 2018 et la question du soutien – ou son absence - de la hiérarchie. L’occasion de rappeler l’existence des registres SST et DGI mais aussi d’évoquer la protection fonctionnelle.

Crise sanitaire

La partie sur le protocole sanitaire a mis en évidence, une fois de plus, les inégalités entre établissements et donc entre élèves, par exemple sur les inclusions, suspendues ici au nom de la limitation du brassage, maintenues ailleurs, maintenues pour les élèves d’UPE2A mais pas ceux d’ULIS ou vice-versa. Plusieurs collègues ont témoigné des difficultés posées par le dispositif une salle = une classe (ce qui a notamment conduit, en octobre, la médecine de prévention de l’académie de Strasbourg à le déconseiller au profit d’une meilleure aération des salles de classe), des problèmes de remplacement pour les collègues en ASA et du manque de personnels pour le nettoyage approfondi des locaux.

Alerte effectifs

Le cœur de ce stage a cependant été consacré à la réalité du travail au collège aujourd’hui avec un premier point sur les effectifs. Au niveau national, ceux-ci ont augmenté de plus de 110 000 depuis la rentrée 2017. Dans notre académie, ils sont passés de 74 251 élèves en 2016 à 77 154 à la rentrée 2020, soit une hausse de 3,9%. Dans le même temps, des postes étaient supprimés dans le 2nd degré (2650 à la rentrée 2019, 840 à la rentrée 2020 et 1800 prévus à la rentrée 2021 au niveau national), alourdissant les effectifs des classes. Rappelons que les élèves d’ULIS (passés de 921 à 1 401 entre 2016 et 2020 dans l’académie) et d’UPE2A ne sont toujours pas comptés dans les effectifs des classes ordinaires et que ces inclusions se font régulièrement au-delà des seuils de 30 élèves ou 24 en éducation prioritaire, en particulier dans les groupes de langues vivantes. La réponse du ministère à cette hausse des effectifs a été la possibilité d’imposer une 2e HSA. Cette augmentation des HSA est aussi liée à des ouvertures de classes de plus en plus tardives. Ainsi, dans le Bas-Rhin, les derniers ajustements pour la rentrée 2020 ont été connus dans les établissements le 6 juillet et se sont traduits par l’ouverture de 31 divisions (dont 2 classes supplémentaires pour les non affectés de 3e en septembre). Cette gestion a des conséquences sur la préparation de rentrée, les postes disponibles pour le mouvement intra-académique, mais aussi l’affectation des TZR. La hausse des effectifs mais aussi la prise en compte de l’hétérogénéité des élèves avec des injonctions à la différenciation sont responsables de l’augmentation de la charge de travail pour plus de 80% des collègues ayant répondu à une enquête du SNES-FSU en novembre 2019. Pour le SNES-FSU, les effectifs en collège ne devraient pas dépasser 24 élèves par classe (20 en Education Prioritaire), des dédoublements devraient être prévus dans toutes les disciplines et inscrits dans les horaires nationaux, ce qui implique de recruter des personnels enseignants.

La réforme en continu ou la déstructuration du collège

Depuis 2016, toutes les réformes ont fait éclater le cadre national et organisé la mise en concurrence des établissements et des disciplines.
En 2016-2017, la réforme du collège, imposée au lendemain d’une grève majoritaire, s’est traduite par la mise en place d’une marge de 3h par division et par semaine dont l’utilisation était renvoyée à l’autonomie de l’établissement. En l’absence d’un financement fléché des options et des dédoublements, la marge a organisé la concurrence entre les disciplines, avec lors des CA, des interventions sur les « coûts » de telle ou telle discipline ; les langues vivantes, les sciences et le latin étant particulièrement pointés du doigt. Les « assouplissements » décidés par JM Blanquer ont certes permis le rétablissement de certains enseignements facultatifs mais sans financement dédié… C’est par exemple le cas de l’enseignement facultatif de chant choral dont la 2e heure, auparavant financée au niveau académique, est, depuis la rentrée 2020, à prendre sur la marge des établissements… si ceux-ci le décident. Cette concurrence a aussi fragilisé les collectifs de travail au point que 43,5% des répondants à l’enquête du SNES en novembre 2019 estimaient que les conflits entre collègues avaient augmenté.
Le collège est également depuis quelques années le lieu de nombreuses expérimentations. Prévention contre le harcèlement, quart d’heure lecture, anglais au quotidien, entraînement à l’éloquence, « cours le matin, EPS l’après-midi », discipline positive… Sous couvert « d’innovation », ces dispositifs peuvent être imposés à des enseignants qui peinent à en voir l’intérêt pour leurs élèves et entrent parfois en concurrence avec les enseignements disciplinaires.
Plus dangereuses, les « écoles du socle », expérimentées depuis 2014 dans 14 académies, visent à créer un bloc école-collège avec des fusions d’écoles élémentaires et de collège ou des échanges de services entre le 1er et le 2nd degré. Axées sur l’acquisition des « savoirs fondamentaux », elles portent la mise en place d’une école à 2 vitesses mais aussi la remise en cause de nos statuts, en particulier notre temps de service et notre spécialisation disciplinaire.

Les résultats de l’enquête du SNES académique sur le dispositif « devoirs faits » et les expérimentations en collège en octobre 2019 ont fait l’objet d’un article dans la publication académique (p.4) : https://strasbourg.snes.edu/IMG/pdf/146785_snes_fsu_n140.pdf

Un autre aspect de la réforme concerne l’orientation des élèves. Avec la transformation des 3e prépa-pro en 3e prépa-métiers, c’est l’orientation vers l’apprentissage plutôt que la voie professionnelle – mise à mal par la réforme du lycée – qui est privilégiée. Parallèlement, en créant un accompagnement à l’orientation dans la grille horaire du collège de 12h en 4e et 36h en 3e sans financement spécifique, l’arrêté du 10 avril 2019 alourdit encore la charge des professeurs principaux tout en menaçant les missions des PSY-EN. Enfin, l’orientation n’échappe pas à la dématérialisation puisque d’ici 2022 les familles de 3e devront effectuer toutes les procédures d’orientation via un téléservice sans que ne soient pensés les moyens d’accompagner les familles les plus éloignées de l’outil numérique.

L’éducation prioritaire

La situation de l’Education Prioritaire est particulièrement préoccupante. Dans le sillage du rapport Mathiot-Azéma, le gouvernement met en scène une opposition entre établissements de la ruralité et ceux de l’Education prioritaire. Cette communication passe sous silence le fait qu’une centaine de collèges ruraux bénéficient de la labellisation éducation prioritaire, que les résultats au DNB sont légèrement meilleurs en milieu rural (même si les établissements les plus éloignés souffrent d’une forme d’enclavement culturel et d’une orientation plus limitée vers la 2nde GT), notamment grâce à un taux d’encadrement plus fort qu’ailleurs mais aussi que dans plusieurs académies une allocation progressive des moyens a été mise en place. Parallèlement les effets « pervers » de la labellisation sont dénoncés (stigmatisation des établissements labellisé, notamment dans des rapports du CNESCO, de la Cour des Comptes...).

Une fois les esprits préparés, c’est Nathalie Elimas, secrétaire d’Etat chargée des questions de l’Education prioritaire, qui a fait les premières annonces, par voie de presse, comme le veut une tradition désormais bien installée au ministère de l’Education Nationale. Les plus importantes confirment la délabellisation des REP à la rentrée 2022 et exposent l’expérimentation, pour 3 ans, d’une contractualisation des moyens pour des établissements à difficultés marquées dans 3 académies (Lille, Marseille et Nantes). D’autre part, la loi de finance 2021 valide la création de 40 nouvelles cités éducatives qui s’ajoutent aux 80 existantes. Ces cités éducatives, pilotées par les collectivités territoriales et les services de l’Etat (préfecture et rectorat) pourraient être un nouveau coin enfoncé dans la politique de l’éducation prioritaire. En attendant, elles participent d’une idéologie qui, avec la société et l’école « apprenantes », décrète que l’école n’est qu’un lieu parmi d’autres de la formation et relativise l’importance d’investir dans le service public d’éducation.

L’académie de Strasbourg accueille actuellement deux cités éducatives : l’une dans le Haut-Rhin qui concerne le quartier des Coteaux et les collèges Bel Air et Jean Macé à Mulhouse ; l’autre dans le Bas-Rhin qui concerne 3 quartiers (Elsau, Meinau, Neuhof) et les collèges Hans Arp, Lezay Marnésia, Solignac et Stockfeld. Beaucoup de flou entoure le fonctionnement de ces cités éducatives à l’heure actuelle, d’autant que les personnels enseignants ne sont pas associés aux réunions qui ont eu lieu jusqu’à présent.
Le SNES-FSU défend au contraire une labellisation unique de l’éducation prioritaire, assise sur des critères sociaux et scolaires nationaux et transparents, élargie aux lycées et à tous les établissements aux difficultés marquées.

Des réformes systémiques

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les réformes qui ont affecté le collège s’inscrivent dans un ensemble de réformes (réformes des lycées et du bac, Parcoursup…) qui fragilisent l’éducation nationale avec un démantèlement du cadre national sous couvert d’autonomie des établissements, qui promeuvent la responsabilité individuelle des élèves dans les choix de leur parcours mais aussi leurs réussites et leurs échecs. Dans le même temps, avec la loi de « Transformation de la Fonction Publique » qui a détruit le paritarisme avant de mettre fin aux CHSCT, ce sont les personnels qui se retrouvent seuls face à l’Etat.